Au sommet de la colline abrupte qui domine la plaine de Trélissac, on aperçoit, au-dessus d’un massif de vieux arbres, un toit aigu dominant les hautes cimes. C’est l’ancien repaire noble de la Mothe.

Les Maire et Consuls en firent hommage au Roi en 1681.

Il est déchu de son ancienne splendeur et n’est plus aujourd’hui qu’une dépendance de la terre de Trélissac. Quoique je ne puisse en fournir aucune preuve formelle, il me paraît impossible, étant donnée sa situation, qu’il n’ait pas joué un rôle au point de vue militaire pendant les guerres qui, si longtemps, ont désolé la contrée autour de lui.

Il y a deux ans, en établissant la chaussée d’une route construite par Mme Magne à travers les bois de pins qui dominent la route nationale, on a trouvé, couchés sur le côté droit et se touchant, deux squelettes dont les ossements tombaient en poussière au moindre contact. A côté d’eux, on a ramassé un biscaïen complètement oxydé. Lorsque les terrassiers ont voulu faire tomber la terre qui le recouvrait en partie, en le frappant sur une pelle, il s’est brisé en un grand nombre de morceaux. On s’est donc battu autour du château, et il est probable que si on fouillait méthodiquement le sol des bois et du plateau, on trouverait d’autres victimes des désastres de jadis.

Au –dessous du château, au flanc de la colline sort du fond d’une grotte une source abondante. La tradition populaire veut que cette grotte soit l’orifice d’un cluseau qui aurait débouché dans l’intérieur de l’édifice, mais je n’ai trouvé aucun titre qui puise appuyer cette version, et l’état des lieux ne permet pas à première vue de juger de sa véracité.

Les Baffet étaient une vieille famille du pays. Nous en trouvons un en 1633, Guillaume, marié à Catherine de Landry, sœur de Grimoard de Landry, sieur de Landry, habitant le château de Lauterie. Il se qualifiait de seigneur de Lagarde.

Dans la seconde partie du XVIIe siècle, Eymery Baffet, sieur de la Vigerie, épousa damoiselle Honorée Veyrel, et mourut laissant à sa survivance sa veuve et ses trois enfants : 1° Jean-Sicaire de Baffet, écuyer, seigneur de la Mothe-Pinot ; 2° Catherine, dite Marguerite ; 3° autre Catherine. L’attribution de la tutelle de ces enfants mineurs donna lieu à un procès en février 1681.

La Mothe avait été probablement apportée en dot par Honorée Veyrel, car on remarquera que son mari est qualifié sieur de la Vigerie, alors qu’on donne à son fils aîné le titre de seigneur de la Mothe-Pinot. Cette terre très importante resta la propriété de la famille Baffet, jusqu’à la Révolution. Elle se composait de deux parties bien distinctes, quoique contigües, la Mothe et Pinot. Ce dernier village est aujourd’hui inconnu dans la commune sous ce nom et s’appelle les Rivaux.

En 1670, Eymery Baffet, sieur de la Vigerie et de Pinot, avait, par acte notarié, acquis de M. Dupuy, prêtre, vicaire perpétuel de Trélissac, l’emplacement de quatre tombeaux dans l’église paroissiale et le droit de plaçage d’un banc, à la charge par lui de donner : 1° une lampe en acier de quinze livres ; 2° dix livres pour faire faire la balustrade du grand autel ; 3° à chaque fête de Noël vingt sols pour les réparations de l’église ; 4° dix sols tous les ans à son intention ; 5° enfin un carcan d’or pour faire faire un ciboire en argent.

Les actes de naissance de Trélissac font mention, en 1727, d’un Antoine Baffet, docteur en médecine, parrain d’autres Antoine Baffet, plus tard garde du corps du Roi, écuyer, seigneur de la Mothe et Pinot, et marié à Victoire Le Caron ; celui-ci mourut le 28 juillet 1789.

Sur les registres de l’état civil, je trouve le récit d’un curieux procès intenté par Antoine II Baffet au curé de Trélissac. Je transcris ici la déclaration faite par le curé, à la suite de la condamnation prononcée contre lui, par défaut, par la sénéchaussée de Périgueux le 28 juillet 1769.

« Aujourd’hui 1er du mois d’août 1769, a comparu au greffe de la présente ville et sénéchaussée, Me Jean de Leymarie, écuyer, prêtre, curé de la paroisse de Trélissat, lequel ayant pris lecture et connaissance de l’appointement rendu en la cour sénéchalle, le 28 juillet dernier, par la signification qui lui en a été faite le 31 du même mois, pour obéir à la justice. Déclare que la qualité d’écuyer est dûe au sieur Baffet de la Mothe, et consent que la présente déclaration, de même que la présente déclaration, de même que le d.appoitement, soient inscrits tant sur le registre des baptêmes et sépultures de la d. paroisse de Trélissat par lui remis au greffe que sur ceux qui restent dans la d. paroisse, lesquels il représente à ces fins. De tout quoi il requiert acte et a signé : Leymarie, curé de trélissat ».

Jean-Sicaire, fils d’Antoine, émigra. Ses biens furent saisis et vendus en deux lots comme biens nationaux. Le premier lot fut adjugé à Rose Baffet-Lamothe pour 65500 livres et resta la propriété de la famille. Le second fut acquis par Pierre Desvaux pour la somme de 122500 livres.

A la suite de mariages successifs la Mothe appartint aux Pourquery de Labigotie, puis aux de Lascous qui l’ont vendu à Mme Magne.

Les Rivaux ou Pinot appartiennent à plusieurs propriétaires.

 

Notes historiques de TRELISSAC - E. DECOUX-LAGOUTTE