Vincent Garcia, déporté, résistant, passeur de mémoire, chevalier de la Légion d'honneur, trélissacois, est décédé.
 
Un hommage a eu lieu mardi 14 mai à 14h30 au foyer socio-culturel de Trélissac.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le discours de Francis Colbac : 
 

HOMMAGE A VINCENT GARCIA

Cher(e)s ami(e)s,

Nous rendons en cet instant à Vincent Garcia l’hommage de l’amitié vraie et du combat partagé.

Il y a moins d’un an, ici même René Chouet et Lucien Cournil, ici présents, et que je salue fraternellement, remettaient à Vincent la Légion d’Honneur. A cette occasion, je prononçais quelques mots que je reprends aujourd’hui : « Vincent, cette Légion d’Honneur est méritée à tous égards. Pour ton combat bien sûr – mais aussi tout simplement pour l’homme que tu es. Pour ton intelligence des choses et des êtres, pour ta disponibilité aux autres pour ton humanisme et j’ajouterai, pour ton humour… »

Quelques mois auparavant, nous avions baptisé la rue où il habite « Chemin Vincent Garcia » et ce, notamment à la demande cosignée de tous les riverains, demande plus que rare et combien significatrice de l’estime unanime qui entourait Vincent.

Cette plaque de rue, devant sa maison indique 

« Chemin Vincent Garcia

Résistant – Déporté

Passeur de mémoire »

Et après la remise de la Légion d’Honneur, il m’avait dit en souriant : « Tu vois, sur la plaque, il reste un peu de place, tu pourras rajouter « Chevalier de la Légion d’Honneur ».

Pendant la guerre d’Espagne, Vincent Garcia, âgé de 12 ans, a vu son père et son frère assassinés par les hordes franquistes.

Malgré son jeune âge, il dut passer la frontière avec les troupes républicaines.

Il a alors subi l’internement sur la plage d’Argeles. Blessé dans un bombardement, il est hospitalisé au Mans.

Ayant retrouvé sa mère et ses sœurs qui ont connu le même exil, ils s’installent en Périgord en 1939. A 14 ans, il devenait soutien de famille et devenait aussi ouvrier agricole.

Sa rencontre avec Lucien Dutard, qui sera après-guerre maire et député communiste et qui était alors responsable de la Résistance au Buisson de Cadouin, l’amène à entrer dans la Résistance comme « légal et agent de liaison ».

Son réseau ayant été dénoncé, il fut arrêté avec plusieurs camarades le 22 décembre 1943.

Après avoir été emprisonné à Limoges, il fut transféré au camp de Compiègne-Royallieu puis déporté au camp de concentration de Buchenwald le 22 janvier 1944. Il en revint après la libération du camp le 11 avril 1945.

Depuis, adhérant militant de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants Patriotes) et de l’AFMD (Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation), ainsi que du Comité du Prix du concours de la Résistance et de la Déportation depuis 10 ans, il témoigne inlassablement auprès des jeunes des CM2 au lycée. Il était le dernier témoin déporté en capacité physique de sillonner les Etablissements scolaires de la Dordogne ce qu’il avait si longtemps fait avec René Chouet ; ils étaient tous deux tels deux frères.

Et pour avoir assisté à un de ces témoignages devant une classe de CM2 de l’école Emile Zola, juste à côté, je revois l’écoute, l’interrogation des enfants, et la façon totalement simple, naturelle, donc réellement efficace dont Vincent racontait les choses, c’est à dire au fond le pire de la déshumanisation.

La classe qui est ici présente est la classe actuelle de CM2 de cette même école (pas les mêmes élèves). 

Je vous remercie les enfants de votre présence et je tiens à saluer votre maître, votre enseignant, Nathanaël Bonhoure, qui a souvent fait venir Vincent (il devait encore s’y rendre ce 11 avril, la maladie l’en a empêché). Sa classe participe chaque année au Prix de la Résistance et cette année, la réalisation de la classe dans ce cadre est précisément un album dédié à Vincent Garcia. Et comme l’histoire fait bien les choses, il faut que vous sachiez que Nathanaël Bonhoure est le petit-fils de Lucien Dutard !

Cette fonction de passeur de mémoire était indispensable par les temps actuels, la montée des populismes, joli mot pour dire fascisme, la poussée de toutes les formes de révisionnisme et de négationnisme.

Le témoignage vivant sur les crimes contre l’humanité relevait d’une totale nécessité.

Mais cette nécessité demeure. 

Car

« Il est toujours fécond, le ventre d’où est sortie la bête immonde »

 

Le mot de Brecht à valeur universelle ; en tout temps et en tout lieu.

On observe les renaissances fascistes un peu partout en Europe, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Pologne et ailleurs ; et ailleurs aussi dans le monde.

Et pire que tout, en égard à l’histoire et au vécu de ce pays, en Espagne le pays de Vincent où une inquiétante résurgence du franquisme vient d’obtenir 10% des voix aux récentes élections législatives.

A propos de l’Espagne, Michel, le fils de Vincent m’a dit avoir reçu un coup de téléphone du Ministère de la Justice espagnol, lui indiquant leur souhait de redonner la nationalité espagnole à Vincent (tous les républicains en avaient été déchus par Franco) – 80 ans plus tard. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour bien faire…

La lutte pour les droits de l’homme, pour la démocratie, pour la liberté reste plus que jamais à l’ordre du jour.

Les témoins survivants n’étant plus que très peu nombreux à pouvoir témoigner, il appartient aux associations telles que l’AFMD, aux partis politiques et diverses organisations authentiquement antifascistes de continuer et développer ce combat avec une ardeur renouvelée.

Depuis son retour de Buchenwald, Vincent est toujours resté fidèle à ses engagements et à son idéal républicain et progressiste, dans son action permanente pour la liberté, la démocratie, la justice, la transformation sociale et la solidarité humaine.

A toute la famille, nous disons toutes nos condoléances et notre profonde émotion ; nous vous présentons le témoignage de notre chaleureuse sympathie.

A toi, Vincent, notre indéfectible amitié et notre fraternel salut.

 

Francis Colbac

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